Le système bancaire à Taiwan

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Le système bancaire à Taiwan
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Un secteur prometteur, une restructuration nécessaire

Au-delà de ses handicaps, largement tributaires de décisions politiques, le secteur financier présente des opportunités conséquentes

Taïwan est la 4ème économie asiatique, hors l’Inde ; l’île dispose d’une population aisée, avec un PIB par habitant de 16 500 US$ ; 53% possèdent un revenu annuel supérieur à 25 000 US$, seuil à partir duquel l’épargne permet de développer des activités financières. L’épargne y atteint un record de 169% du PIB ; le taux d’épargne (26,7% du PIB en 2006) est supérieur au taux d’investissement (19,8%), du fait de possibilités limitées d’investissement local. Les habitants de Taipei ont le plus fort taux d’épargne en Asie (30%, soit 449 US$ par mois).

Le patrimoine financier des ménages est estimé à 800 milliards US$, dont environ 50% en liquidités et en dépôts non ou peu rémunérés, contre 30% aux Etats-Unis. L’économie taïwanaise souffre ainsi d’un surcroît de liquidité : les dépôts représentent 27,5% du total des actifs bancaires en 2006 (31,3% en 2003), alors qu’un taux normal est voisin de 7%. Ce taux élevé a plusieurs causes : d’une part, les Taïwanais aisés investissent à Hong-Kong, à Singapour ou aux Etats-Unis, qui proposent des produits plus rentables ; ils ne conservent à Taïwan que leurs liquidités ; d’autre part, les Taïwanais investissent beaucoup en bourse : 70% du volume des transactions sur le Taïwan Stock Exchange en 2006 ont été le fait d’individuels taïwanais. Ils compensent par des dépôts bancaires le risque élevé de ces transactions.

Enfin, les perspectives sont bonnes : la capitalisation des produits de gestion de portefeuille (6,2 milliards US$ en juin 2006) connaît une croissance de 2% par mois ; les produits dérivés ont cru de 0,8 à 7,0 millions US$ entre 1998 et 2006 (+ 27% par an). Les fonds de pension, dynamisés par le système de retraites mis en place en 2005, pourraient croître de 4,5 milliards US$ par an pour atteindre 88 milliards dans 20 ans.

L’accroissement de la transparence, l’assainissement en cours des banques, la surface du marché taïwanais (mais aussi celle des réseaux d’entreprises en Chine), et leur prix relativement peu élevé, notamment du fait de la sousévaluation du TWD, rendent le secteur financier taïwanais attractif, aussi bien pour un investissement durable que dans un but de placement financier.

La gouvernance d’entreprise reste néanmoins à améliorer, comme en témoignent la mise en redressement judiciaire des filiales de Rebar et la reprise de sa filiale, la Chinese Bank, par le Central Deposit Insurance Corp. (CDIC). Trois banques ont récemment été rachetées, en vue d’être remises à flot puis vendues aux enchères ; quatre autres sont sur la liste noire de la FSC et susceptibles de suivre cette même voie. Cet incident pose la question de la gestion du risque de contrepartie opérée par les banques taïwanaises en général et des banques publiques en particulier.

La restructuration bancaire est entamée, mais son rythme reste trop lent

La Conference on Sustaining Economic Development en 2006 a fixé pour objectif de faire de Taïwan une place financière régionale et, pour cela, de dynamiser le système bancaire et lui permettre de soutenir la concurrence avec ses homologues asiatiques. Les actions à mener ont également été identifiées : consolidation et regroupement des banques locales, libéralisation règlementaire, implication plus grande de banques étrangères pour un transfert de savoir faire, et renforcement des règles prudentielles ; la FSC promeut à cet effet l’adoption des règles édictées par les accords de Bâle II.

La restructuration du secteur taïwanais s’effectue néanmoins à un rythme lent, les opérations de rapprochement restent limitées, aussi bien en nombre qu’en taille, même si le rachat de Hsinchu Bank par Standard Chartered a constitué le 1er rachat à 100% d’une banque locale ; celle-ci n’est toutefois que la 20ème banque en termes de capitaux propres. D’autres opérations sont en préparation, avec la privatisation d’une partie du capital de la Taïwan Copérative Bank (TCB), 2ème banque de Taïwan, ou de Chinatrust, mais aussi le rachat de la Bank of overseas Chinsese (BOOC) par Citigroup. La reprise de grandes banques par des groupes étrangers pourrait toutefois se heurter au sentiment de « patriotisme économique » de la population. En outre, les syndicats, après avoir ralenti la mise en oeuvre de la réforme de 2001, s’opposent à ces regroupements, par crainte de réduction de personnel. Les autorités y voient pourtant un moyen de contourner l’interdiction faite aux banques d’accompagner en Chine les entreprises, ce qui deviendrait possible suite à un rachat par une banque étrangère de rachat.

Le système bancaire taïwanais reste donc loin de pouvoir encore prétendre à jouer le rôle d’un centre régional. Une réforme règlementaire mais aussi, à certains égards, culturelle, est nécessaire. Le secteur financier ne peut donc pas s’exonérer d’une poursuite des réformes, si Taïwan souhaite acquérir des services à la hauteur de son développement économique ; la question est donc moins celle du résultat à atteindre que celle de son rythme, sachant que ces délais risquent de faire perdre à l’île une partie de l’influence qu’elle pourrait avoir en Chine mais aussi dans la région.



 
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