Le système bancaire à Taiwan |
|
| Taiwan - Services et distribution : Taiwan | |||||
Page 1 sur 3 Du monopole public à la sur-bancarisation et aux NPLLe secteur financier taïwanais est resté fermé jusqu'à la fin des années 1980 ; 12 banques contrôlées par le gouvernement occupaient alors le marché, en bénéficiant de marges confortables. A partir de 1988 et de la suppression de la loi martiale, la révision de la Banking Law a introduit une libéralisation « ordonnée et progressive » du secteur ; elle s'est traduite par la liberté de créer de nouvelles banques et, pour celles-ci, de fixer leurs taux d'intérêts. Le gouvernement a parallèlement incité les banques à opter pour un statut commercial, à l'instar de China Trust Company en 1992, tandis qu'il prônait une gestion concurrentielle des banques publiques et en privatisait certaines. La rentabilité du secteur et l’absence de volonté des autorités de privatiser les banques publiques aboutirent à la création de nombreuses banques et à une sur-bancarisation, avec de nombreux établissements de taille insuffisante : les 5 premières banques taïwanaises ne réalisent ainsi que 36% du Produit Net Bancaire, contre 70% en Corée du Sud et 87% à Hong Kong. La réglementation bancaire reste en outre contraignante : les produits bancaires ne sont autorisés que s’ils figurent sur une liste positive, décidée par le régulateur du secteur, la Financial Supervisory Commission (FSC). Partageant le même business model et cantonnées à un nombre limité de produits, les banques pratiquent une concurrence par les prix qui réduit leur rentabilité ; le taux de rendement d’actifs (return on assets - ROA) (0,13%) et le taux de retour sur capitaux propres (return on equity - ROE) (2,12%) ont en conséquence été fort inférieurs aux taux américains, respectivement 1,3% et 15,7%, en 2006. Le ROE a certes été réduit par l’impact de la crise du crédit en 2006, mais il n’a pas, depuis 2000, dépassé 10,3%, en 2004. Cette rentabilité est encore réduite par le mimétisme des banques locales : après s’être concentrées sur l’activité de financement d’entreprises (corporate finance) jusqu’en 2001, elles sont passées à celles de banque de détail (retail) à partir de 2002, puis de rachat par effet de levier (leverage) en 2005. Cette concurrence incita les banques à accorder des prêts à risque, notamment durant l'euphorie immobilière et foncière des années 90. L'éclatement de cette bulle et la chute de la demande américaine en 2000 ont entraîné l’explosion des créances douteuses (non performing loans - NPL). Les banques ont en conséquence souffert avec un bel ensemble du ralentissement économique de 2001, puis des difficultés du crédit à la consommation à partir de 2005. Une première réforme en 2001 a visé à restaurer la santé financière des banques, menacées par la montée des créances douteuses suite au retournement de conjoncture et à son impact dans l’île. Le gouvernement a alors créé un fond, d’un montant représentant 10% du PIB taïwanais. Le taux de réserve obligatoires a en outre été abaissé. Une seconde réforme en 2004 a eu pour objet de libéraliser et de moderniser le secteur financier ; la FSC a notamment été créée pour règlementer le secteur et superviser ses acteurs. Les banques privées se sont lancées, à partir de 2002, dans une surenchère de crédits à la consommation (passés de 3,1 à 10,4 milliards euros entre 1998 et avril 2004) et de distribution de cartes de crédit, débouchant sur un surendettement des ménages, un resserrement des crédits et un ralentissement de la consommation. Devant l’ampleur du phénomène, le gouvernement s’est posé en médiateur : les délais de remboursements ont été allongés sans intérêts supplémentaires pour les clients jugés solvables ; les créances ont été annulées dans les cas les plus graves, les banques étant appelées à assumer une part de responsabilité dans cette situation. Cette crise est en passe d’être réglée : les NPL ont diminué de 8,2% en 2001 à 2,3% en octobre 2006 ; elle a néanmoins pénalisé les banques taïwanaises qui avaient annulé en août 2006 un total de 100,5 milliards TWD de crédits à la consommation défectueux, soit un montant dépassant le résultat net avant imposition des banques en 2005. Les banques les plus affectées sont la Taishin International Bank (19,4 milliards TWD), la Chinatrust Commercial Bank (15,8 milliards TWD et la Cathay United Bank (9,8 milliards TWD). L’atomisation des banques, leur faible rentabilité et une règlementation excessive continuent en outre à handicaper le développement du secteur. L’atomisation du secteur bancaire Le secteur financier compte 383 établissements de dépôts : • 44 banques domestiques réalisent 73% des dépôts (75% en 1993) et 91% des prêts en 2006. Les trois plus importantes sont sous tutelle publique : la 1ère, Bank of Taiwan, et la 3ème, Land Bank of Taiwan, sont détenues à 100% par le gouvernement ; la 2ème Taiwan Cooperative Bank, à 60%. • 33 banques étrangères, dont 3 françaises, jouent un rôle limité (2,6% des dépôts et 3,1% des prêts) dans la banque de détail, où seules sont actives HSBC, Citibank et Standard Chartered ; leur rôle est néanmoins bien plus important dans la banque d’affaire et le gestion de patrimoine, et leur profitabilité est largement supérieure à celle des banques domestiques. Le gouvernement souhaite ouvrir le système bancaire : la prise de contrôle en 2006 de la Hsinchu Bank par Standard Chartered a constitué la 1ère prise de contrôle à 100% d’une banque de l’île par une banque étrangère. • 306 institutions communautaires (380 en 2000) - coopératives de crédit, établissements de crédit des agriculteurs et des pêcheurs - fonctionnent sous forme de mutuelle ; elles constituent le maillon faible du système financier. Les autorités souhaitent faire fusionner ces établissements et les transformer en banques commerciales. Leur nombre ne cesse de décroître à mesure que leur part de marché recule : ils ne détiennent plus que 7,9% des dépôts et 5,3% des prêts en 2006, contre 26% et 20,3% en 1994. • Le système d’épargne postale est doté d’un statut spécifique. Il collecte 16,2% des dépôts (15% en 2000) grâce au réseau des bureaux de poste. Il joue un rôle de prêteur auprès de la Banque Centrale et sur le marché interbancaire. Le secteur financier taïwanais reste donc atomisé par rapport à ses homologues asiatiques, notamment Hong-Kong et Singapour. L’ambition de devenir une place financière régionale se heurte donc à la nécessité d’une réforme plus décisive et ambitieuse, notamment sur le plan règlementaire. La réglementation actuelle limite ainsi non seulement le type de produits que les banques taïwanaises peuvent proposer, mais leur interdit aussi le marché de la Chine. Les banques locales ont donc recours, afin d’y suivre leurs clients, à des montages financiers et aux Off-Shore Banking Units (OBU). Ces OBU représentent une part importante de l’activité des banques (30% de leurs capitaux et 28% de leurs bénéfices) et déjà plus de la moitié des profits de certaines d’entre elles. La FSC espère un doublement en 3 ans de leurs performances (chiffre d’affaire de 40 milliards US$, bénéfices avant impôts de 13,3 milliards US$ ; dépôts de 21,9 milliards US$). Ces solutions sont toutefois un pis-aller : d’une part, la principale activité des OBU reste l’investissement de portefeuille ; d’autre part, les banques étrangères et chinoises prennent des positions en Chine qui seront difficiles à remettre en cause. Les banques taïwanaises perdent donc cette opportunité, alors que les nombreux entrepreneurs de l’île présents sur le continent préfèreraient avoir affaire à elles. |
|||||

